Mardi 31 mars 2009
2
31
/03
/Mars
/2009
00:26
Deux articles intéressants à mettre en parallèle, reflétant deux visions de la liberté et du dynamisme journalistique aujourd’hui sur fond de crise, en France et aux États-Unis. D’un côté,
dans rue89.com, des responsables de la Télévision Suisse, s’étonnent
ouvertement du climat de peur qui règnent dans les rédactions françaises, et s’inquiètent de l’autocensure pratiquée et du manque d’indépendance des médias français face au pouvoir en place, trop
proches selon eux des organes gouvernementaux officiels. De l’autre, dans le Huffingtonpost.com, la fondatrice du populaire site américain regroupant nouvelles et communauté de blogs, annonce la
création d’un fonds pour le journalisme d’investigation, « The Huffingtonpost Investigative Fund ». Ce fonds, d’un montant initial
de 1,75 millions de dollars, a pour objectif d’encourager cette forme de journalisme afin de préserver son rôle primordial de contre-pouvoir dans nos démocraties. Une initiative citoyenne, en
partenariat avec « The Atlantic Philantropies » et des universités américaines. « Pendant trop longtemps, de la
guerre en Irak à la crise économique, nous avons eu trop d’autopsies et pas assez de biopsies » écrit-elle en substance. .. ou comment passer d’un journalisme de validation -mené par la
peur de représailles venant des hautes sphères du pouvoir, la paresse intellectuelle et le manque d’argent- à un véritable journalisme d’investigation, l'un des garants de l’équilibre
démocratique du pouvoir…
Remarque : la crise économique et financière affecte aussi l’ensemble du paysage
médiatique canadien, que ce soit les réseaux publics ou privés. Le réseau public de la Société Radio-Canada vient d’annoncer des compressions de 136 millions de dollars et une suppression de plus
de 800 postes, au détriment de la production télévisuelle et radiophonique et internet d’ici, et ce notamment dans l’information et les émissions d’affaires publiques.
Valérie
Voir aussi l`article Sauver
Radio Canada
Announcing the Launch of the Huffington Post Investigative Fund
I'm delighted that today we are launching a new venture -- The Huffington Post Investigative Fund. This nonprofit Fund will
produce a wide-range of investigative journalism created by both staff reporters and freelance writers.
As the newspaper industry continues to contract, one of the most commonly voiced fears is that serious investigative journalism will be among the victims of the scaleback. And, indeed, many
newspapers are drastically reducing their investigative teams. Yet, given the multiple crises we are living through, investigative journalism is all the more important. As a result, all who
recognize the indispensable role good journalism plays in our democracy are looking for ways to preserve it during this transitional period for the media. For too long, whether it's coverage of
the war in Iraq or the economic meltdown, we've had too many autopsies and not enough biopsies. The HuffFund is our attempt to change this. It will also provide new opportunities for seasoned
journalists who have been laid off or forced into early retirement.
The pieces developed by the Fund will range from long-form investigations to short breaking news stories and will be presented in a variety of media, including text, audio and video. And, in the
open source spirit of the Web, all of the content the Fund produces will be free for anyone to publish.
Picture a large pool of reporters -- some on staff, and many freelancers -- proposing stories and also receiving assignments from Investigative Fund editors.
This investigative initiative is being funded by The Huffington Post and The Atlantic Philanthropies, and will be headed by Nick Penniman, founder of The American News Project, which will be
folded into the Fund. Nick and I first worked together back in 2000 when we organized the Shadow Conventions to address issues -- poverty, the failed drug war, and money in politics - that
neither political party was focusing on. We've stayed in touch ever since, and I am really looking forward to working with him on producing journalism with real impact.
We'll start with a budget of $1.75 million -- and continue to raise funds and expand the project as we move forward.
We are delighted that we will be working on this venture with a number of partners, including the Stabile Center for Investigative Journalism at Columbia University Graduate School of Journalism,
and NYU's Jay Rosen. This is our second collaboration with Jay, after teaming up to launch OffTheBus, which produced great citizen-powered coverage of the 2008 campaign.
The Fund is ready to interview potential editors and reporters and also to start receiving proposals for investigative projects. The focus at the beginning is going to be on investigating aspects
of the economic crisis. So please email resumes and pitches -- as well any ideas and tips you may have about what should be investigated -- to HuffPostFund@gmail.com.
The Huffington Post March 30
2009
"On est étonnés par le climat de peur dans les médias français"
Par
Augustin Scalbert | Rue89 | 29/03/2009 | 15H38
Vu de Suisse, les journalistes français ont un sérieux problème d'indépendance. Interview avec deux responsables de la TSR.
(Du Touquet) La productrice Anne-Frédérique Widmann est un peu éberluée quand elle évoque les relations des journalistes français avec l'Elysée, sujet qu'elle connaît bien pour avoir réalisé
une enquête sur la libération des infirmières bulgares aux conclusions très éloignées du bruit médiatique français.
Comme Rue89, la Télévision suisse TSR (« Romande » vient de disparaître de son nom officiel) est partenaire du Figra, et y fêtait cette année les quarante ans de sa célèbre émission d'investigation
« Temps présent ».
Elle s'est fait connaître en Suisse par ses enquêtes sur des pollutions industrielles, les fonds juifs en déshérence dans des banques locales, l'infiltration d'Attac par une entreprise de sécurité
payée par Nestlé...
Le directeur des programmes de la chaîne, Gilles Pache, était également présent. Le ton des deux journalistes est presque consterné quand ils évoquent les relations de leurs confrères français avec
les dirigeants de notre grande démocratie.
Anne-Frédérique Widmann, qui prépare même une enquête sur ce sujet de curiosité, a constaté de la « peur » chez certains journalistes français qu'elle souhaitait interroger.
« La Suisse n'est pas un pays de personnalisation du pouvoir »
On peut comprendre leur consternation quand on voit dans quelle indépendance ils travaillent chez eux. Gilles Pache l'affirme :
« En Suisse romande, radio et télévision publiques bénéficient d'une très grande indépendance du pouvoir politique.
Il y a des pressions, et c'est normal : on ne fait pas de journalisme sans qu'il y ait des pressions. Mais il n'y a pas de levier direct qui permettrait d'exiger la tête d'un directeur, ni de
la radio, ni de la télé. »
Au tour du journaliste français d'être éberlué. Une question me taraude : mais pourquoi ? Elément de réponse de Gilles Pache : « La Suisse n'est pas un pays de personnalisation du
pouvoir. » (Voir la vidéo).
L'interview devient presque cocasse quand on demande aux deux journalistes suisses s'ils constatent des différences lorsqu'ils traitent les mêmes sujets que leurs confrères français.
Fin 2007, Anne-Frédérique Widmann a signé avec Marie-Laure Widmer Baggiolini une enquête titrée « Infirmières bulgares : le grand marchandage ».
« La France et la Libye nous ont traitées de la même manière »
Conclusion du travail des deux Suissesses : contrairement à ce qu'ont affirmé la plupart des médias français, Nicolas et Cécilia Sarkozy ne sont pas les principaux acteurs de la libération
des infirmières. Il s'agit en fait de diplomates, notamment ceux de la Commission européenne.
Pour elle, globalement, les médias français n'ont pas fait leur travail :
« Les médias français sont excellents, mais une partie des journalistes se contentaient peut-être trop de sources proches de l'Elysée ou du Quai d'Orsay. »
Les journalistes de la TSR ont évidemment cherché à contacter les autorités françaises pour leur enquête. Mais à leur grand étonnement, elles n'ont même pas reçu de réponse de l'Elysée :
« Ça nous a d'autant plus étonnées qu'on était aussi en relation avec la Libye, qui n'est pas un régime connu pour sa transparence et son ouverture à l'égard des médias, et finalement, c'était le
même comportement. »
Les deux Suissesses se sont fait cette réflexion : « Nous nous sommes dit que c'était sans doute difficile de travailler pour les journalistes, aujourd'hui en France. »
Rue89