«Ils m'ont signifié d'un geste de m'éloigner. Je me suis plutôt retourné vers les passagers de la section en leur disant que ce n'était pas possible de tolérer que des personnes soient maltraitées à quelques pas de nous», dit M. Barthélemy. À son appel, plusieurs personnes se sont levées et ont commencé à protester contre les policiers, qui ont tenté en vain de ramener le calme. Un officier judiciaire est monté à bord de l'avion pour aviser les protestataires qu'ils risquaient d'être expulsés de l'appareil et poursuivis. «J'ai repris la parole pour dire aux passagers qu'on ne s'arrête pas devant les menaces quand on défend un principe. Plusieurs personnes se sont rassises mais la majorité est restée debout», relate-t-il.
Le commandant de bord a finalement conclu qu'il ne pouvait décoller dans de telles circonstances et a contraint les policiers à retirer de l'appareil les deux sans-papiers en voie d'expulsion. Quelques minutes plus tard, l'officier qui avait mis en garde les passagers est revenu pour procéder à l'interpellation de quatre passagers, dont M. Barthélemy, qui a été placé en garde à vue. Il a été transféré à travers l'aéroport, menottes aux poings, avant d'être fouillé par les autorités, et finalement relâché.
1500 d'amende
La semaine dernière, il a été condamné en justice à payer une amende de 1500 pour «provocation directe à la rébellion» et «entrave volontaire à la navigation « en relation avec cette affaire. «Il y a eupas mal de cas de même nature dernièrement. Les autorités cherchent à créer le plus d'ennuis possible aux personnes qui s'interposent de manière à dissuader toute forme de solidarité», dit-il. Le commissaire aux droits de l'homme du Conseil de l'Europe, Thomas Hammarberg, s'était inquiété de ces pratiques de «représailles» l'année dernière et avait sommé le gouvernement français d'y mettre fin «sans délai». La question déborde largement du cadre des expulsions. Plusieurs associations françaises s'inquiètent «de la répression croissante qui s'exerce un peu partout» contre des travailleurs sociaux, des militants associatifs ou de simples citoyens veillant «au respect des droits fondamentaux des étrangers». Ils dénoncent la présence dans la loi française d'un article qui rend passible d'emprisonnement toute personne ayant facilité «le séjour irrégulier « d'un ressortissant étranger sur le sol français.
La question est posée avec acuité dans un nouveau film, intitulé Welcome, qui met en scène un maître nageur français aux prises avec les autorités en raison de l'aide qu'il a offerte à un sans-papiers irakien. Son réalisateur, Philippe Lioret, a fait bondir le ministre de l'Immigration, Éric Besson, en suggérant qu'il y a un parallèle à faire entre les «mécanismes répressifs» mis en place contre les immigrés illégaux et ceux auxquels étaient soumis les Juifs à l'époque du régime de Vichy.
Le délit de solidarité
Le parti socialiste, en écho au film, a annoncé son intention de présenter un projet de loi contre le «délit de solidarité « qui ferait en sorte qu'il serait impossible de poursuivre en justice une personne venue en aide à un sans-papiers pour des raisons humanitaires. Éric Besson affirme que l'article de loi au coeur de la polémique est essentiel pour permettre la poursuite des passeurs et qu'il n'a pratiquement jamais été appliqué contre des citoyens français. André Barthélemy souhaite que la loi soit révisée pour écarter définitivement toute poursuite de ce type. «C'est un délit de ne pas porter assistance à personne en danger. Mais il semble que ça ne s'applique pas si la personne n'a pas de papiers. C'est ignoble», conclut le militant.
Ségolène Royal était à Washington pour l'investiture de Barack Obama puis au Forum social
mondial de Belém où elle a rencontré le Président Lula : d'une Amérique à l'autre, des pistes novatrices et des parti-pris volontaires dessinent d'autres possibles et ébauchent un modèle
alternatif de développement.
